5 jours. Nouvelle voie

Notes

6 novembre. Camp 1 au bord et à l'ouest du lac Electrico.

Avec Gabriel, et Carlitos qui nous aide au portage jusqu'au camp de base, nous retournons sur l'emplacement du camp que nous avions établi, il y a quelques jours, à l'extrémité ouest du lac Electrico. Beau temps, soleil et pas de vent. 

Nous retraversons tout d'abord la forêt patagonienne.La première fois que nous l'avions traversée, il y a quelques jours, sous le mauvais temps, elle avait l'allure d'un véritable champ de bataille, avec tous ses arbres, les lengas, en lutte perpétuelle face à l'agressivité quasi-permanente des vents patagoniens, fracassés, tordus, à terre. Aujourd'hui, avec le beau temps, cette forêt verdoyante prend l'apparence d'une forêt enchantée. Nous rejoignons le refuge Piedra Del Fraile, où nous retrouvons les sympathiques gérants. Puis quelques mètres après le refuge, nous quittons la forêt, sécurisante et apaisante, pour basculer dans l'univers, plus austère, des pierriers qui longent la rivière Rio Electrico, puis le lac du même nom dont est issu la rivière. 4 heures environ après notre départ, nous montons notre tente au bord du lac.

Non, ce n´est pas la forêt de Brocéliande, mais la forêt de Patagonie avec ses lengas.

7 novembre. Camp 2 sur les pierriers avant la Passe Marconi.

Lorsque nous quittons le camp, vers 8h00, le ciel est dégagé. Mais rapidement, il va se couvrir, il se met à pleuvoir, le vent se lève. Privés de la vue de l'environnement qui nous entoure, nous rejoignons le glacier Marconi, son extrémité nord, qui rejoint la Passe Marconi.

Cette partie du glacier est relativement fréquentée, car elle permet de rejoindre cette Passe Marconi, qui est un passage pour rejoindre l'Helio Patagonico Continental (Calotte Glaciaire Continentale Patagonienne) au Chili. Sinon ce glacier, qui est bordé à son ouest par la chaîne Marconi, est peu fréquénté. Nous y avions établi notre camp il y a quelques jours, d'où nous réalisé une ascension. A noter que le glacier Marconi ne fait pas partie du Parc National des Glaciers, car ses glaces ne sont pas issues du grand champ de glace de l'Helio Patagonico Continental. Rappelons que le Parc National des glaciers a été créé par l'Argentine pour protéger une partie de l'Hélio Pataonico (celle côté Argentine), ainsi que les glaciers alimentés par ce grand champ de glace.

Nous remontons le glacier, puis escaladons une partie rocheuse sur 100 mètres de dénivelée environ, avec vigilance car le rocher est bien trempé avec cette pluie. Nous montons notre tente dans une zone rocheuse. Face à nous, les séracs (blocs de glace) de la partie du glacier  située sous la montagne du Marconi Norte n'arrêteront pas de tomber, se fracassant avec un bruit terrifiant dans les pentes inférieures.

8 novembre. Camp 3 sur l'Helio Patagonico Continental (1450 m), à l'ouest du CERRO DUMBO (2484 m).

Nous partons pas trop tard, vers 6h00, afin de bénéficier d'une neige portante sur le glacier. Nous franchissons la Marconi Pass et pénétrons au Chili. Apparait à nos yeux un gigantesque champ de glace, qui s'étend à perte de vue à l'horizon, plat et dominé, par endroits, par des chaînes de montagnes qui paraissent gigantesques. Un monde inhumain, balayé par des vents violents.

Nous pénétrons sur l'Hélio Patagonico Continental (Calotte Patgonienne Continentale), le plus grand champ de glace continental et le troisième de la planète avec ses 17000 km2, divisé en deux zones, la Calotte Patagonienne nord, située au Chili et d'une superficie de 4200 km2, et la Calotte Patagonienne Sud qui couvre une superficie de 13000 km2. Cette dernière est paratagée entre le Chili et l'Argentine, et mesure 360 km de long sur 40 km de large en moyenne, 90 km à certaine endroits. Ces immenses superficies alimentent plusieurs langues glaciaires qui coulent des deux cötés des Andes, à l'ouest vers le Pacifique, et à l'Est dans les grands lacs de la Patagonie d'Argentine, citons notamment les lacs Viedma et Argentino, que j'avais longé lors du déplacement en bus d'El Calfate vers El Chalten. Référence de ces informations sur l'Helio Patagonico : Manuel du lago Argentino et du glacier Perito Moreno, de Miguel Angel Alonso, que j'ai trouvé, en langue française, dans une librairie d'El Chalten. 

Nous longeons, à son ouest, la chaîne Marconi, sur laquelle nous avons peu de visibilté en raison des nuages. 4 heures après avoir quitté le camp 2, nous montons notre tente. Nous sommes situés plein ouest du CERRO DUMBO, qui notre objectif. Malheureusement, la montagne se protège de notre vue par des nuages, et ne se dévoilera pas un instant de la journée.

Le CERRO DUMBO a été gravi une seule fois par Dejan Koren et Boštjan Mikuž (Slovénie) en novembre 2013, par un itinéraire situé à gauche de celui que nous voulons emprunter. Très peu d'informations sur cette tour de rocher et neige, dont le sommet ressemble à une oreille d'éléphant, d'où son nom Cerro Dumbo. Et encore moins d'informations sur l'itinéraire que nous voulons tenter dans sa face sud. Nous disposons des document suivants :

- ma carte au 1:50 000,

- un topo de la voie ouverte par les Slovènes, sur PataClimb, un site de Rollando Garibotti très bien renseigné et clair,

- et aussi trois photos, une que j'ai pu prendre lorsque nous avons fait notre première ascension il y a quelques jours dans la chaîne Marconi, depuis son versant est, sur laquelle on distingue relativement bien les parties finales de la face sud, et qui aura éte bien utile - une autre sur le site PataClimb, qui montre sa face ouest - et une qui présente une vue d'ensemble sur laquelle on voit bien le début de la voie, mais les parties finales ne sont pas bien visibles. 

Des incertitudes sur l'itinéraire que nous souhaitons gravir, et aussi sur le temps pour demain. Les prévisions annoncaient une journée de beau temps, mais à voir. Hors de question de se retrouver demain dans le grand mauvais temps patagonien, ce d'autant plus sur une montagne à propos de laquelle nous avons très peu d'informations, et de plus sur un itinéraire nouveau. 

La nuit, vers 2h00, je sors de la tente, et suis satisfait de voir que le ciel est étoilé.

9 novembre. Ascension du CERRO DUMBO (2484 m) par un nouvel itinéraire dans sa face Sud. Retour camp 2.

Réveil 3h00. A 4h00, avec Gabriel, nous partons. La nuit est noire, sans lune, mais le ciel ne parait pas aussi dégagé qu'à 2h00. Nous remontons, plein est, sur une pente en neige peu inclinée sur un glacier, une neige dans laquelle nous enfonçons bien malgré l'heure matinale, à voir la suite... Puis, 400 mètres plus haut que la tente, une cinquante de mètres sous un col, altitude du col 1842 m sur ma carte au 1:50 000, nous sommes au pied du Dumbo.

Nous remontons plein nord, une pente à 45° environ, avec des passages à 50°. Puis nous franchissons la rimaye, peu ouverte par chance, et nous engageons dans un couloir en neige/glace, qui serpente dans la face sud de la montagne, et inclinée de 45° à 55°. La neige est dure, parfois en glace, ce qui nous rassure. En revanche, le temps est bien couvert, avec quelques éclaircies, le vent est assez fort, nous sommes perplexes, à chaque longueur de corde, nous repoussons pour un peu plus haut notre décision. Pourtant les prévisions annoncaient du beau.

Dans les pentes au début de la face Sud.

Arrivée dans le couloir.

Dans le couloir.

Une dernière pente d'une centaine de mètres inclinée à 65° puis nous débouchons sur un petit col. Nous poursuivons notre ascension, sur une centaine de mètres, par une arête bien effilée, et inclinée de 50° à 65°. Vues plongeantes de 1000 mètres, à notre gauche sur le champ de glace, et à notre droite sur le glacier Marconi.

Débouché sur le col.

Sur l´arête après le col.

Sur l´arête.

Puis nous remontons, en la longeant en contre-bas à son ouest, une portion de l'arête sommitale, en neige/glace et en mixte, qui surplombe les 1000 mètres de la face ouest jusqu'au plateau. Un passage délicat qui a exigé de l'attention.

Dans la traversée en face Ouest, en contre-bas de l'arête sommitale.

Puis un passage de quelques mètres à 75° environ nous permet de rejoindre l'arête sommitale, où apparait le sommet, quelques 100 mètres plus loin devant nous, plein nord. Nous hésitons une peu à nous y rendre car l'arête est bien cornichée, puis finalement nous décidons d'aller voir. Après ces 1000 mètres d'ascension, vers 10h00, nous atteignons le sommet du CERRO DUMBO (2484 m). Très heureux ! après toutes ces incertitudes de ces derniers jours, et lors de cette ascension. Depuis le sommet les vues sont extraordinaires. Juste à proximité devant nous, au nord, une fine aiguille de roc, couverte de neige, suivie d'autres toutes aussi belles. A notre ouest, sur le glacier Helio Patagonico, et à notre Est sur le glacier Marconi. Mais il nous faut redescendre rapidement, car nous craignons la météo. Nous désescaladons l'arête, la traversée, puis l'arête que nous avions remontée depuis le col. Quatre rappels pour redescendre le couloir, laissant sur place deux corps-morts et deux piquets. Nous rejoignons le camp vers 15h30. 

Sur l'arête qui conduit au sommet.

Sommet.

Sommet. Juste à côté de nous, au Nord, une aiguille magnifique, puis d'autres.

Dans la descente dans le couloir.

A 17h00 nous repartons avec l'intention de redescendre au camp au bord du lac. Au début de notre progession, le beau temps domine, nous offrant des vues splendides sur le Dumbo, et les aiguilles à son Nord.

Notre petite équipe, souvenir de cette expédition réussie dans la chaîne Marconi en Patagonie.

Mais rapidement le temps va se gâter, la visibilité va devenir quasi-nulle, les chutes de neige vont s'intensifier, et surtout un vent violent en rafales va se lever lorsque nous arrivons en dessous de la Passe Marconi. Notre progression va devenir difficile dans cette tempête, et nous devons rester vigilants car le glacier est crevassé, et les ponts de neige sont fragiles en ce printemps austral. Il est 21h00, nous sommes partis depuis 4 heures du camp, nous nous arrêtons dans la zone de rochers où nous avions établi le camp 2 à la montée. La montée de la tente est épique avec ces vents, qui doivent être de l'ordre de 100 km/h. Les arceaux se cassent. Finalement nous passerons la nuit dans une tente sans arceaux, le toit de la tente au dessus de nos visages, une tente qui va être agressée toute la nuit par le vent, sous un bruit assourdissant. Bref, une nuit qui fut plutôt humide, bruyante, mais j'ai pu un peu dormir. 

10 novembre. Redescente El Chalten.

Vers 8h00, nous quittons la zone, redescendons la zone rocheuse à l'aide de rappels. Marche sous des vents violents. 6h30 après notre départ, nous rejoignons la route, contactons un véhicule qui vient nous récupérer et nous conduit à El Chalten.

Cette voie d'accès au sommet du Cerro Dumbo est logique, diversifiée, et particulièrement esthétique. 

En l'absence d'ascension connue, la voie est dédiée à mes amis lyonnais André et Sophie, et baptisée voie "André et Sophie". En hommage à André et Sophie et leurs six enfants, à leur courage et leur force exceptionnelles face à la très grave maladie d'André.

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Henry Bizot

 

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